Denise Epoté: Une brillante carrière au service du Continent

Son visage trahit une timidité inavouée. Elle n’a rien d’un bulldozer. Et pourtant, c’est une femme de caractère. Que rien n’arrête tant qu’il s‘agit de faire son travail : honorer ses rendez-vous avec ses 200 millions de téléspectateurs. Le jeu en vaut la chandelle et elle sait s’y prendre, Denise Epoté, directrice Afrique de TV5 Monde et présentatrice de Et si vous me disiez toute la vérité ?, une émission-interview qu’elle a lancée sur la chaîne francophone voilà dix ans. Sens inné de la persuasion et détermination sont ses principaux atouts pour décrocher les rendez-vous avec ses intervenants, des personnalités politiques aux agendas très serrés. «Je joue au résultat », confie cette journaliste talentueuse et prédestinée.
Aînée d’une famille de quatre enfants dont deux filles et deux garçons, les parents de Denise – son père est ancien fonctionnaire des finances et ancien parlementaire et sa mère, ancienne cadre du Trésor public camerounais – voulaient en faire une avocate. Jeune fille respectueuse, elle s’inscrit en faculté de droit après son bac mais, présente discrètement le concours d’entrée à l’Ecole supérieure internationale de journalisme de Yaoundé. Bingo! Elle est admise se classant unique femme dans une liste ne comportant que des males. Et ce qu’elle avait prise pour la plus grosse des difficultés à savoir convaincre ses parents de son choix de faire du journalisme, fût une surprise agréable et inattendue. En effet, son père l’autorise, contre toute attente, à suivre cette formation. La jeune Denise avait trouvé très tôt sa voie royale. Puisqu’elle connaîtra une carrière fulgurante dont le pic est ce poste de directeur Afrique de TV5 Monde qu’elle occupe depuis 1998. Lequel poste est la preuve de la confiance dont elle jouit auprès de sa hiérarchie et qu’elle essaie de mériter en donnant, chaque jour, sa disponibilité : «quand on vous confie une mission, c’est qu’on vous a investi d’une certaine confiance. Quelque part, on attend un résultat de vous. Vous devez mériter cette confiance en apportant plus que ce que l’on attend de vous », confie-t-elle.
La jeune journaliste fait ses classes à la radio nationale de son pays, puis intègre, dès sa création, la télévision nationale (CRTV) où elle devient la première présentatrice du JT de 20H30. De 1983 à 1993, elle y occupera également les fonctions de rédactrice en chef.
En 1991, Denise convole en justes noces avec un ingénieur du génie civil français, ancien-directeur- adjoint des Grands travaux du Cameroun qu’elle rencontre deux ans plutôt sur place. Et lorsque la mission de celui-ci s’achève et qu’il rentre en France, les deux époux mettent les voiles ensemble. «Comme une bonne épouse, j’ai suivi mon mari ». Crime de lèse… patriotisme! Ses compatriotes lui en ont tenu rigueur pour un temps mais ont fini par lui pardonner sa «caprice». «Au départ, beaucoup de gens ont pensé que je quittais mon pays. Mais je pense que je sers aussi bien mon pays en étant à TV5. Et puis, c’est pas mal pour ma carrière puisque j’ai été appelée à faire une carrière internationale. Au départ, ce n’était pas gagné », reconnaît aujourd’hui la journaliste, avec une légitime fierté. Même si elle a entretemps divorcé de M. Durand et renoué avec son nom de jeune fille, Denise Laurence Djengué Epoté se classe désormais parmi les intellectuels africains les plus crédibles et dont le Continent s’enorgueillit, à juste titre.
Cette camerounaise qui revendique sa culture bantoue s’avère une redoutable avocate de la cause africaine, ses traditions et arts ainsi que celle des minorités dans le monde. Le journal Afrique, les émissions comme Afrique Presse, un débat hebdomadaire essentiellement axé sur l’actualité africaine, Et si vous me disiez toute a vérité ?, interview bimensuelle dédiée aux décideurs du Continent, qu’elle a mises en place ; ses brillantes interventions dans les rencontres et colloques internationaux en témoignent. Elle disait justement, lors d’un de ces rendez-vous, à propos de la diversité culturelle «mon passage à l’école française, loin d’occulter et de gommer cette identité, m’a fait connaître les joies de la cohabitation pacifique, car je me suis approprié le français » pour rappeler « qu’il ne peut y avoir de diversité culturelle sans diversité linguistique » et que « derrière chaque langue il y a une culture et plus il y a de cultures et plus le monde est riche de nos différences».
Ni ses lourdes responsabilités, ni le poids de l’âge ne parviennent encore à écorner cette journaliste quinquagénaire (elle souffle ses cinquante-cinq bougies le 22 novembre prochain).
Silhouette plutôt juvénile, la mise toujours impeccable, elle se peint volontiers comme une femme d’intérieur. Qui sait concilier avec une relative réussite vies familiale et professionnelle. Entre sa cuisine à concocter de goûteux repas pour les siens, sagacité sur les plateaux de télévisions à arracher la plus pertinente information à ses invités, et deux avions.
A son Afrique et Cameroun qui l’a donnée en cadeau au monde, elle reste toujours attachée. Aussi, leur suggère-t-elle de placer la culture au cœur de leur politique de développement et ce, malgré le recadrage qui leur est imposé par les institutions de Bretton Wood. Car, explique-t-elle «la culture est un élément fondamental du développement économique, à nous de convaincre ceux qui continuent à l’ignorer » avant de conclure que «c’est dans la culture que nous trouverons les réponses aux interrogations de plus en plus pressantes des temps modernes».
A sa télé nationale elle dit être disponible même si elle demeure convaincue que sa carrière n’y est plus : «Si on me dit de revenir présenter le journal au Cameroun de temps en temps, je le ferais avec plaisir. Je n’ai pas renoncé à la CRTV. Je ne suis pas opposée à une collaboration », rassure-t-elle.
Denise Epoté a été sacrée, à Abuja en octobre 2001, meilleure journaliste du continent noir par le Pan African Broadcasting, Heritage and Achievement Awards et un club de la presse hebdomadaire en partenariat avec «la radio mondiale» RFI. Elle a également été élevée, en mars 2009 à la faveur du 21è Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO), au rang d’Officier des Arts et Lettres du Burkina Faso dans le domaine de la télévision et de la presse écrite. Auparavant, elle avait reçu les insignes de Chevalier de l’Ordre national du Lion du Sénégal et Chevalier de l’Ordre du mérite national de son pays natal. Belle reconnaissance pour service rendu.
Journaliste performante et aguerrie, celle qui occupe, par ailleurs, les fonctions de vice-présidente de la section française de l’Union des Journalistes Francophones, cultive également l’humilité à la perfection. «Nous ne cherchons pas à faire l’unanimité. Car chacun est libre d’émettre ses opinions sur une question donnée», tel est son approche d’un travail qu’elle abat, pourtant, au quotidien en regardant de très près aux attentes de ses téléspectateurs. «Je fonctionne par rapport aux préoccupations des téléspectateurs. Qu’est-ce qu’ils veulent savoir ? C’est l’actualité brûlante qui prévaut sur le continent. Que ce soit une situation économique ou politique qui est d’actualité sur le continent, l’invité sera celui ou celle qui répondra aux préoccupations des téléspectateurs».
Noble mission tel son regard sur ce métier dont elle dit que l’on n’y vient pas après avoir raté sa vocation. Car le journalisme est «un métier d’élite qui a sa déontologie, qui demande une bonne formation et, à la limite, une certaine spécialisation ». Aussi, la directrice Afrique de TV5 Monde conseille-t-elle « à ceux qui aimeraient embrasser ce grand métier, il faut avoir une grande probité morale. Car si vous cédez au gain facile et que vous laissez acheter votre conscience, vous avez tué votre carrière dans l’œuf. Donc il faut être convaincu de votre choix et foncer avec courage ». Trèves de commentaires.

Par Jacques POWPLY
(Portrait publié dans l’édition intrenationale du Magazine panfricain Afrique Compétences n°2)

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